Blastomycose

Messages clés

  • La blastomycose est une infection survenant à la suite de l’inhalation de spores du champignon blastomycète que l’on retrouve dans les sols humides et dans la matière organique en décomposition.
  • Au Canada, l’exposition peut survenir dans les provinces qui bordent les Grands Lacs et la Voie maritime du Saint-Laurent.
  • Des manifestations pulmonaires et extrapulmonaires sont possibles.
  • La blastomycose ne se transmet pas d’une personne à l’autre.
  • Il est recommandé de consulter un spécialiste des maladies infectieuses.
Introduction

La blastomycose est une maladie causée par les champignons Blastomyces dermatitidis et Blastomyces gilchristii. Il s’agit de champignons dimorphes qui se manifestent sous forme filamenteuse entre 25 et 28 degrés Celsius et sous forme de levure à 37 degrés Celsius. Actuellement, nous ne savons pas s’il existe des différences biologiques ou cliniques entre B. dermatitidis et B. gilchristii; ainsi, ce résumé présentera B. dermatitidis comme l’agent étiologique de la blastomycose.

Une infection à B. dermatitidis survient lorsque des conidies (spores du champignon) sont inhalées dans les poumons de l’hôte. Une fois les conidies entrées dans corps, le changement de température fait passer l’agent de la phase filamenteuse à la phase levure. À partir de ce moment, des manifestations pulmonaires et extrapulmonaires peuvent apparaître. Il n’y a pas de transmission d’une personne à l’autre. 

Épidémiologie locale

On retrouve les espèces de Blastomyces dans l’environnement extérieur, principalement dans les sols humides et dans la matière organique en décomposition (p. ex., bois, feuilles). Les personnes susceptibles d’être exposées à B. dermatitidis habitent généralement dans les régions du Midwest du Sud-Est et du Centre Sud des États-Unis, ainsi que dans les provinces canadiennes qui bordent les Grands Lacs et la Voie maritime du Saint-Laurent. L’incidence en Ontario est actuellement en hausse.

Une récente revue des données de 1995 à 2015 du laboratoire de Santé publique Ontario [LSPO] (E. M. Brown, L. R. McTaggart, D. Dunn et coll., « Epidemiology and Geographic Distribution of Blastomycosis, Histoplasmosis, and Coccidioidomycosis, Ontario, Canada, 1990–2015 », Emerging Infectious Diseases, vol. 24, no 7, 2018, p. 1257-1266. doi:10.3201/eid2407.172063) a relevé les observations ci-dessous en ce qui concerne la répartition géographique de la blastomycose en Ontario (tableau).

Tableau : Répartition géographique de la blastomycose en Ontario, données du LSPO, 1995 à 2015*

Taux d’incidence moyen annuel de blastomycose/100 000 habitants

Réseau local d’intégration des services de santé (RLISS) de l’Ontario

0,030-0,075

Érié St-Clair; Sud-Ouest; Waterloo Wellington; Hamilton Niagara Haldimand Brant

0,076-0,161

Mississauga Halton; Centre-Est; Sud Est

0,162-0,422

Centre-Ouest; Centre-Toronto; Centre; Simcoe Nord Muskoka; Champlain (comprend Ottawa)

0,423-0,867

Nord-Est

0,868-10,938

Nord-Ouest

* Données issues de la figure 1 de Brown et coll., 2018.

Brown et ses collègues ont aussi précisé que les deux tiers des personnes infectées étaient des hommes et que tous les groupes d’âge étaient touchés, avec un nombre de cas légèrement plus élevé chez les 40-49 ans. Parmi la population pédiatrique, on comptait deux nourrissons de moins d’un an ou âgés d’un an. D’autres résultats permettent de constater une augmentation de l’incidence entre 1995 et 2002, principalement dans la région du Nord-Ouest de l’Ontario, puis des taux relativement stables ensuite jusqu’en 2015.

Lorsque l’on étudie de plus petites zones géographiques que celles présentées dans le tableau, on constate qu’entre 2006 et 2015, les taux d’hospitalisation au sein du RLISS du Nord-Ouest pouvaient atteindre 57,9/100 000 habitants par année (S. Litvinjenko et D. Lunny, « Blastomycosis hospitalizations in northwestern Ontario: 2006–2015 », Canada Communicable Disease Report, vol. 43, no 10, 2017, p. 200-205.).

Au-delà de ces publications, nos données épidémiologiques locales sont limitées, puisque la blastomycose a été ajoutée à la liste des maladies à déclaration obligatoire en juillet 2018, après avoir été retirée de la liste par la province en 1989.
Signes et symptômes

Jusqu’à 50 % des infections par une espèce de Blastomyces sont asymptomatiques. Dans le cas d’une manifestation clinique, on peut observer une grande variété de tableaux cliniques, après une période d’incubation de deux semaines à trois mois. Le diagnostic de blastomycose peut être difficile, puisque les symptômes peuvent facilement être associés à d’autres maladies plus fréquentes. Les symptômes non spécifiques incluent la fièvre, les malaises, la fatigue et la perte de poids. Quand l’infection touche un organe spécifique, il s’agit le plus souvent des poumons, de la peau, des os, de l’appareil génito-urinaire et du système nerveux central; elle peut toutefois survenir au sein de n’importe quel système organique.

La pneumonie est la présentation la plus fréquente de la blastomycose. Les symptômes peuvent s’apparenter à ceux d’une pneumonie bactérienne aiguë (fièvre, frissons, toux avec expectorations, hémoptysie) ou, plus souvent, à une pneumonie chronique (perte de poids, sueurs nocturnes, fièvre, toux productive, hémoptysie, durant une période de deux à six mois).

Les manifestations cutanées arrivent au deuxième rang et peuvent prendre deux formes principales : les lésions verruqueuses et les lésions ulcéreuses. Les lésions verruqueuses ont des bordures hétérogènes surélevées et peuvent avoir l’apparence d’une croûte recouvrant un abcès sous-cutané. Quant aux lésions ulcéreuses, elles sont généralement ouvertes et s’accompagnent d’un écoulement d’exsudat.

Les infections osseuses touchent le plus souvent les vertèbres, le bassin, le sacrum, le crâne, les côtes et les os longs, mais en théorie, tous les os y sont vulnérables. Les formes les plus communes de blastomycose génito-urinaire sont la prostatite et l’orchi-épididymite. La méningite et les abcès cérébraux sont les manifestations neurologiques les plus fréquentes de blastomycose, les abcès se formant le plus souvent dans le cervelet.
Diagnostics / Analyses de laboratoire 

Le diagnostic de la blastomycose repose essentiellement sur la culture. La visualisation directe au microscope de levures à bourgeonnement à base large et de taille appropriée est un cas présumé positif et reste un élément important de l’algorithme de diagnostic. Blastomyces dermatitidis est généralement identifié par microscopie à partir de prélèvements d’expectorations, de tissus ou d’exsudat de lésions. L’identification peut également se faire sur coupe histologique à l’aide de colorations spéciales pour les champignons. Veuillez cliquer sur « F » à la page Test Information Index (en anglais) et également consulter la page Labstract on systemic mycoses (en anglais) de Santé publique Ontario.

Une analyse sérologique peut être demandée pour les espèces de Blastomyces, celle-ci est relativement spécifique au dépistage d’anticorps contre la blastomycose. Cependant, la sensibilité du test est moindre, donc sa fiabilité diagnostique est incertaine – un résultat négatif n’exclut pas la possibilité d’un cas d’infection. Veuillez consulter la page Fungal – Serology (en anglais) de suivante de Santé publique Ontario.

Tous les patients chez qui l’on suspecte une blastomycose pulmonaire ou extrapulmonaire devraient subir une radiographie pulmonaire pour évaluer l’atteinte.

Déclaration obligatoire
Si vous êtes en présence d’un cas soupçonné ou d’un cas confirmé de blastomycose, il devrait être déclaré dès le prochain jour ouvrable par télécopieur ou par téléphone : composez le 613-580-2424, poste 24224 (téléphone) ou le 613-580-9640 (télécopieur), du lundi au vendredi, de 8 h 30 à 16 h 30. Voir aussi : Signalement d’une maladie transmissible.
Prise en charge

Chez un hôte immunocompétent, la blastomycose pulmonaire aiguë peut être une maladie résolutive bénigne qui ne requiert aucun traitement. L’aiguillage vers un spécialiste des maladies infectieuses devrait être envisagé dans tous les cas soupçonnés ou confirmés de blastomycose, puisque le traitement pourrait tout de même être offert pour éviter la dissémination de l’infection. Tous les patients qui présentent une immunodéficience, qui ont des symptômes modérés à graves ou qui présentent une infection disséminée (extrapulmonaire) devraient recevoir un traitement antifongique.

Le choix du traitement antifongique dépend du site et de la gravité de la maladie et de facteurs indépendants associés à l’hôte. L’amphotéricine B par voie intraveineuse est le traitement initial à privilégier pour les personnes qui présentent des symptômes pulmonaires modérés à graves, une blastomycose disséminée ou une maladie touchant le système nerveux central. C’est aussi le traitement de première intention pour les patients atteints de blastomycose qui présentent une immunodéficience. Si une amélioration est notée sur le plan clinique en raison d’un traitement intraveineux à l’amphotéricine B, une transition à l’itraconazole par voie orale pour le reste du traitement est envisageable. La durée de traitement suggéré est de six à douze mois, selon le site atteint.

Pour les patients qui présentent une maladie pulmonaire aiguë bénigne, commencer le traitement avec de l’itraconazole par voie orale est envisageable; toutefois, la consultation d’un spécialiste en maladies infectieuses est encore une fois recommandée.

Prévention

On ne sait pas encore exactement comment prévenir l’infection. Il est possible, particulièrement chez les personnes présentant une immunodéficience, de réduire le risque d’infection en évitant les activités durant lesquelles on manipule de la terre.

Il n’existe actuellement aucun vaccin approuvé contre la blastomycose. 

Rôle de santé publique
Le signalement à l’autorité de santé publique est important, car l’incidence de la blastomycose en Ontario pourrait être en hausse. Si des régions endémiques sont mises en évidence par le signalement de la maladie, des stratégies visant à augmenter la sensibilisation chez les résidents et chez les fournisseurs de soins de santé pourraient y être mises en place.
Renseignements pour les patients
Ressources à l’intention des médecins

Santé publique Ottawa

Santé publique Ontario

Santé Canada

CDC (États-Unis)

Lignes directrices sur la prise en charge de la blastomycose de la Infectious Diseases Society of America (IDSA)

Lectures complémentaires :

  1. Chapman, S. W., W. E. Dismukes, L. A. Proia et coll. « Clinical Practice Guidelines for the Management of Blastomycosis: 2008 Update by the Infectious Diseases Society of America », Clinical Infectious Diseases, vol. 46, no 12, 2008, p. 1801–1812.
  2. « Blastomycosis », dans Mandell, Douglas, and Bennett’s Principles and Practice of Infectious Diseases, 8e éd., p. 2963–2973.
  3. Heymann, D. L., éd. Control of Communicable Diseases Manual, 20e éd., Washington D.C., APHA Press, 2015, p. 69–71.
  4. American Academy of Pediatrics. « Blastomycosis », dans Kimberlin, D. W., Brady, M. T., Jackson, M. A., Long, S. S, éd. Red Book: 2018 Report of the Committee on Infectious Diseases, 31e éd., Itasca, Illinois, American Academy of Pediatrics, 2018, p. 249–251.

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Si vous êtes en présence d’un cas soupçonné ou d’un cas confirmé de blastomycose, il devrait être déclaré dès le prochain jour ouvrable par télécopieur ou par téléphone : composez le 613-580-2424, poste 24224 (téléphone) ou le 613-580-9640 (télécopieur), du lundi au vendredi, de 8 h 30 à 16 h 30. Voir aussi : Signalement d’une maladie transmissible.

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